Tous les êtres vivants de la planète, humains ou animaux, sont continuellement affairés. Nous n’avons pas besoin d’amples explications pour faire le constat de cette agitation perpétuelle physique, verbale et mentale propre aux êtres humains. A priori, cet état de chose nous paraît normal; il nous semble qu’il ne peut pas en être autrement. Mais prenons la peine de nous interroger à ce sujet.
Toutes ces activités sont orientées vers la recherche et l’obtention du bonheur, vers l’élimination de la souffrance. En termes simples, nous recherchons ce qui est plaisant et fuyons ce qui est déplaisant. Nous assimilons habituellement la notion de bonheur à ce qui est plaisant et celle de souffrance à ce qui est déplaisant. Tous les êtres vivants, jusqu’au plus petit insecte, veulent éviter la souffrance, qu’ils soient ou non capables de prononcer ce mot. Nous savons bien que les animaux vont vers la chaleur lorsqu’ils ont froid et cherchent l’ombre, la fraîcheur, lorsqu’ils ont chaud. Et nous, les êtres humains, faisons de même, quelles que soient notre race, notre position sociale, que nous parlions ou non de souffrance, nous travaillons sans cesse à l’éviter. Nous sommes également identiques aux animaux du point de vue de notre recherche du bonheur. Les animaux, du plus petit au plus grand, cherchent ce qui leur est plaisant, que ce soit à boire ou à manger, etc. Il n’y a aucune difficulté à observer cela. C’est une évidence. De même, les humains veulent toujours plus de bonheur. Lorsque l’un de leurs désirs est comblé, il leur faut un autre bonheur, puis un autre, puis encore un autre. Et jamais ils n’ont de satisfaction. Obtenir le bonheur et éviter la souffrance : là peut se résumer la raison d’être de toutes nos activités, de nos travaux, du mouvement, de l’agitation dans lesquels nous sommes impliqués. Tous, humains ou animaux, sommes mûs par ce même objectif : éliminer la souffrance et trouver le bonheur; et cette aspiration est légitime. Tout le monde peut comprendre cela avec tant soit peu de réflexion. Cette observation appelle pourtant une analyse approfondie.
Il existe plusieurs sortes de souffrances qui peuvent se répartir en trois niveaux distincts :
Le premier est appelé la souffrance de la souffrance. Il est constitué par ce qui est communément désigné par le terme souffrance et reconnu comme tel : douleur physique, maladie, souffrance morale (tristesse, souci, inquiétude, déception...). C’est cette première forme de souffrance que nous cherchons à éliminer de toutes nos forces, par le corps, la parole et l’esprit, et les animaux en font autant. L’homme dispose cependant de moyens supérieurs, grâce à son intelligence, à sa faculté de penser, d’analyser, de réfléchir, qui lui permet de prévoir le long terme et de ne pas se limiter à l’instant présent. L’animal, lui, peut seulement remédier à ses souffrances du moment, ou prévenir leur échéance à très court terme. Il est incapable de planifier, de travailler pour le futur. Sachant que notre supériorité d’être humain réside dans notre faculté de penser, nous devrions faire de notre esprit le meilleur usage possible. Mais de quelle manière ? En l’appliquant à la mise en oeuvre d’actes propres à éliminer nos souffrances présentes et à venir, pour cette vie et les suivantes.
A certains moments de l’existence, cette souffrance manifeste semble s’apaiser, par exemple lorsqu’un traitement médical approprié chasse la maladie et que nous recouvrons la santé. Pourtant, ce n’est pas ainsi que nous repousserons la souffrance pour toujours. C’est uniquement par la pratique de ce qu’on appelle le Dharma. Si nous persistons dans la manière de vivre qui a été la nôtre jusqu’à aujourd’hui, sans chercher à dépasser nos conceptions et nos comportements, jamais nous n’atteindrons une libération de nos maux qui soit totale et définitive. Nous n’aboutirons qu’à des accalmies momentanées. Nous savons bien qu’en continuant d’user des mêmes méthodes, nous n’éliminerons pas véritablement la souffrance. Quand le corps est tranquille, c’est l’esprit qui est perturbé. Et quand les problèmes de l’esprit sont résolus, ceux du corps se réveillent... Nous sommes presque toujours plongés dans ces souffrances, et les trêves ne sont que provisoires. De plus, ce qui nous torture mentalement est infiniment plus difficile à supporter que la douleur physique et nous le savons bien. Par conséquent, ce qui est capital, c’est la suppression des tourments de l’esprit. Ceci s’applique de la même façon à la mesure du bonheur : le bonheur de l’esprit est autrement plus puissant, plus intense, plus solide que celui du corps. En effet, nous savons, pour en avoir probablement fait l’expérience, combien les blessures morales affligent les êtres, même s’ils jouissent d’une parfaite santé et que les besoins de leur corps sont satisfaits. Et nous savons aussi qu’un esprit serein supporte beaucoup mieux la maladie et les souffrances physiques. C’est pourquoi, dans la pratique du Dharma, ce qui compte essentiellement, c’est l’esprit, autrement dit, la suppression des souffrances mentales et l’instauration du bonheur de l’esprit. Or, le Dharma n’est autre que l’instrument de ces réalisations.
Des exemples très simples peuvent éclaircir ce propos : supposons que nous soyons très riches, que nous jouissions d’un statut social élevé; s’il n’y a ni paix, ni joie en notre esprit, nous ne serons pas heureux. Cette constatation s’impose d’elle-même lorsque nous observons le domaine de la politique. On peut être ministre, député, président. Mais il est alors très difficile d’être heureux car le métier de politicien est quasiment incompatible avec la sérénité de l’esprit. Il est, au contraire, source de nombreux tracas, donc de souffrances. En revanche, le dénuement matériel, une nourriture insuffisante, le manque de vêtement... ne sauront altérer la tranquillité d’un esprit paisible et content. C’est donc pour obtenir le bonheur et pour éliminer la souffrance, surtout celle de l’esprit, que nous pratiquons le Dharma. Il est le seul moyen d’atteindre ces objectifs.
Vous n’avez sans doute aucune difficulté à comprendre ce premier niveau de souffrance, la souffrance de la souffrance. Elle est ce que nous appelons souffrance : douleur physique ou mentale, maladie, faim, soif, chagrin, dépression, désespoir... Vous en avez tous fait l’expérience et il est inutile de s’y attarder davantage.
La signification de la seconde forme de souffrance est beaucoup plus profonde, plus difficile à cerner. Elle est appelée la souffrance du changement. Ce que nous tous, humains et animaux, appréhendons comme étant le bonheur, ce que nous qualifions de bonheur est en fait la souffrance du changement. En effet, tout ce qui nous est agréable ne constitue pas un bonheur parfait, durable, définitif. Nos expériences plaisantes seraient un bonheur véritable si nous pouvions en jouir à l’infini, sans qu’elles se dégradent à aucun moment. Or, nous nous apercevons qu’elles se détériorent progressivement pour se transformer finalement en souffrance. Par exemple, à l’approche des vacances, nous débordons d’enthousiasme à l’idée d’un voyage, d’un séjour à la mer ou à la montagne, lequel représente pour nous un véritable bonheur. En effet, lorsque nous arrivons à la montagne, pour quelques temps, nous nous y sentons bien. Nous sommes heureux. Mais si notre séjour se prolonge, le bonheur initialement éprouvé se modifie, il s’altère petit à petit et devient souffrance. Nous voulons aller ailleurs, faire autre chose. Certains ressentiront, à la longue, un malaise physique, parce que le corps ne supporte pas ceci ou pas cela. Pour d’autres, il s’agira plutôt d’une lassitude de l’esprit. Dans tous les cas, ce bonheur dégénère en souffrance. S’il était un véritable bonheur, il ne devrait cesser de croître à mesure que nous en jouissons. Or, c’est le contraire qui se produit. Si nous avons extrêmement chaud, l’idée de plonger dans l’eau fraîche d’un lac nous ravit et nous serons vivement contrariés par ce qui pourrait entraver la concrétisation de ce qui nous semble être un véritable bonheur. Mais, supposons que nous y allions : pendant quelques instants nous serons heureux, puis nous n’aurons plus envie de rester dans l’eau et nous voudrons en sortir. Il en va de même des richesses, des biens, des positions sociales que nous convoitons. Tant qu’ils ne sont pas en notre possession, nous les considérons comme de réels bonheurs. Les avons-nous obtenus, aux premiers instants tirés de leur jouissance succèdent toutes sortes de tracas : les choses ne se passent pas comme nous le souhaiterions et la souffrance réapparaît.
Ce ne sont pas là des affirmations gratuites, sans fondement. Je n’invente rien. Réfléchissez honnêtement par vous-mêmes. Creusez dans vos expériences personnelles et voyez ce qu’il en est. Jusqu’à présent, toute notre énergie a été mobilisée en vue de ce que nous croyons être le bonheur. Tous nos travaux ont convergé vers la réalisation de ce bonheur... qui n’en est pas un.
Les humains comme les animaux, tous reconnaissent le premier niveau de souffrance, la souffrance de la souffrance. Nous en connaissons les tourments et c’est pourquoi nous cherchons à l’éviter. Mais, seules des méditations étayées par les enseignements du Dharma nous éclaireront sur la signification de la souffrance du changement. Alors, ce que nous avons coutume d’appeler bonheur nous révélera son véritable caractère de souffrance.
Le troisième niveau de souffrance est encore plus difficile à appréhender. Il est appelé la souffrance inhérente à l’existence samsarique conditionnée. Notre corps et notre esprit, soit nos agrégats psycho-physiques, en sont les constituants. Reconnaître la souffrance dans ce que nous appelons habituellement le bonheur, voir que ces bien-être se transforment presque instantanément en souffrance n’est, à vrai dire, pas très difficile si l’on veut bien y réfléchir. Mais comprendre que nos agrégats psycho-physiques, que les composants mêmes de notre personnalité sont souffrance est infiniment plus délicat et plus ardu. Supposons que nous ayons une blessure au bras; si nous y étalons une pommade ou que nous soufflons dessus, nous éprouvons une sensation apaisante. Par contre, si nous appuyons sur la plaie, que nous nous cognons dessus ou que nous y mettons du sel, nous ressentons une vive douleur. Cette blessure est la base dont sont issues tour à tour sensation plaisante et sensation déplaisante. Elle est souffrance par nature, même si nous ne sentons rien en dehors de l’intervention d’un agent extérieur. La douleur réveillée par le choc illustre la souffrance de la souffrance. Le bien-être que nous procurent les soins qui l’apaisent est un exemple de la souffrance du changement. Sans aucune action extérieure, nous ne sentons rien, mais la blessure est là. Elle est une illustration de la troisième sorte de souffrance : dans sa nature même, elle est souffrance.
Les trois niveaux de souffrance vous ont été brièvement expliqués, mais j’aurai l’occasion d’y revenir par la suite. En résumé, notre situation est celle d’individus prisonniers des maux qui les accablent. L’important, à présent, est de consacrer toute votre attention à des réflexions poussées sur ce que vous venez d’entendre.
S’il n’existait aucun moyen d’échapper à la souffrance, nous n’aurions rien à faire ici et nous pourrions tous continuer à vivre comme avant. Or, ce moyen existe et nous l’avons en nous. Il consiste en une utilisation juste et appropriée de notre esprit, de notre faculté de penser, de réfléchir, de raisonner. Nous n’avons pas à l’obtenir d’autrui moyennant paiement ou autre contrepartie d’un échange. Il ne s’achète pas comme un bien commercial. S’il en était ainsi, nous pourrions craindre certaines difficultés. Mais, tous, mendiants ou richissimes, nous en sommes détenteurs. Tout le monde, pauvre, nanti, homme, femme... peut se libérer de la souffrance et l’éliminer définitivement. La méthode consiste à appliquer son esprit à la pratique du Dharma. Pour cela, nous devrons parvenir à le contrôler afin d’en disposer à notre guise. Pour l’instant, notre esprit est comme un bien sans propriétaire. Il va où il veut, pense ce qu’il veut. Nous sommes impuissants à le diriger. Il nous suffit de l’observer un peu pour en faire le constat. La pratique du Dharma va nous amener à exercer sur lui un contrôle, à le dompter, à nous en rendre maîtres. Il est à présent comme un éléphant sauvage et dangereux que rien n’arrête. Comme on capture l’éléphant pour le domestiquer et, par le dressage, le transformer en animal docile au service de l’homme, on peut, de même, prendre possession de son esprit et le discipliner. Or, la maîtrise de l’esprit s’acquiert par la méditation.
Si nous étions moins limités par la durée de ce cours, il aurait été préférable de vous donner d’abord une vue d’ensemble des enseignements pour que vous les méditiez ensuite. Mais, puisque nous avons peu de temps, nous procéderons à des séances de méditation au fur et à mesure des sujets exposés, alternant sessions d’enseignement et sessions de méditation.
Il existe de nombreuses formes de méditation. Mais comment aborde-t-on la pratique de la méditation ? C’est ce que nous allons voir à présent. Quelle en est la finalité ? Acquérir la maîtrise de son esprit pour en disposer librement et en faire l’instrument de la suppression de nos souffrances.
La position la mieux adaptée à la méditation est connue sous le nom de position du lotus. Vous pourrez aussi vous asseoir en tailleur ou en demi-lotus. L’essentiel n’est pas la position. Il importe que vous soyez installés confortablement, que ce soit sur une chaise ou à même le sol. Ne vous forcez pas à demeurer dans une posture qui vous serait pénible car vous aurez mal aux jambes ou aux genoux et votre esprit, préoccupé par la douleur de vos articulations, sera incapable de s’absorber dans la méditation. Vos mains devront être placées au niveau du nombril, le dos de la main droite posé sur la paume gauche, les pouces se touchant et formant un triangle avec les paumes. Si vous éprouvez une certaine fatigue à les maintenir ainsi, vous pourrez les soutenir à l’aide d’un petit coussin. Les bras seront légèrement écartés du corps de manière à laisser passer l’air. Les épaules et la colonne vertébrale devront être droites et la tête légèrement inclinée vers l’avant, le menton rentré. Ne laissez pas votre regard se promener tout autour de vous. Dirigez vos yeux vers le bas et gardez-les mis-clos et détendus. Si vous essayez de fixer la pointe de votre nez, vous fatiguerez votre vue et finirez par éprouver des tensions désagréables. La langue doit être légèrement appuyée sur le palais, la bouche et la mâchoire conservant leur position naturelle. Toutes ces précisions à propos de la position de méditation ont leur importance. En effet, le méditant a tendance à perdre la conscience de son corps et l’ensemble de cette posture lui permet d’en conserver le maintien sans aucun effort volontaire.
Puisque la méditation est une activité de l’esprit, nous allons tout d’abord y instaurer le calme et purifier les canaux où circule l’énergie indispensable à tout fonctionnement mental. Ce travail préliminaire favorisera le déroulement correct de notre pratique méditative.
Un nombre infini de canaux (Skrt. Nadi) parcourent notre corps. Nous nous concentrerons sur trois d’entre eux situés le long de notre colonne vertébrale. Nous devrons avoir le dos le plus droit possible (sans que cela nous soit pour autant inconfortable). A droite, partant du bas de notre colonne vertébrale (à une distance d’environ quatre doigts au-dessous du nombril), remontant le long de celle-ci jusqu’au sommet de la tête et suivant la courbure du crâne par l’intérieur, pour se terminer à la base de la narine droite, nous visualiserons un canal latéral rouge. Symétriquement, à gauche, nous visualiserons un canal blanc dont le parfig.1
fig.2
fig.3
cours est identique, et dont l’extrémité supérieure se trouve à la base de la narine gauche et l’extrémité inférieure à une distance de quatre doigts au-dessous du nombril. Les deux canaux s’ouvrent dans les narines. Ils sont de la grosseur d’un doigt de taille moyenne. Dans le canal rouge circule le sang et dans le blanc le liquide séminal.
Dans un premier temps, nous imaginons l’extrémité inférieure du canal gauche blanc emboîtée dans le canal droit rouge (fig.1). Lorsque nous en avons une vision claire, avec l’index droit, nous bouchons la narine droite et inspirons lentement par la narine gauche. En même temps, nous visualisons l’air entrant par la narine et descendant dans le canal gauche blanc. A l’expiration, nous déplaçons l’index droit pour boucher, du revers du doigt, la narine gauche. Nous penserons que l’air continue de descendre dans le canal gauche pour passer ensuite dans le canal droit rouge et remonter jusqu’à la narine droite d’où il est expulsé. Au cours de cette respiration, nous penserons qu’en descendant, et surtout en remontant, l’air purifie le canal rouge qu’il traverse, comme le vent balayant la poussière. Imaginons un tuyau rempli de saletés. Lorsque nous soufflons par l’une de ses extrémités, nous en chassons les impuretés qui sont expulsées à l’autre bout. Tout comme le tuyau n’a que deux extrémités, nous penserons que l’air inhalé entre par un canal et sort par l’autre, n’ayant pas d’autre issue. Précisons que nous utiliserons le même doigt (l’index droit) pour boucher successivement la narine droite quand nous inspirons par la gauche, puis la narine gauche pour expirer par la droite. A l’expiration, nous pouvons comparer notre narine droite, d’où s’échappe l’air vicié, à une cheminée d’usine rejetant sa fumée chargée de déchets. L’évocation de cette image peut nous aider à concrétiser la visualisation.
Pendant tout ce temps, la respiration devra être lente, posée et profonde, tant à l’inspiration qu’à l’expiration, sans forcer toutefois. Il suffit de respirer normalement, aussi régulièrement que possible. Au début, nous éprouverons une certaine gêne due aux limites imposées par notre rythme respiratoire. Progressivement, les temps d’inspiration et d’expiration s’allongeront et les difficultés disparaîtront. Nous répéterons cet exercice (inspiration par la narine gauche et expiration par la droite) trois fois de suite. Le canal rouge, à droite, traversé par l’air dans son mouvement ascendant se trouvera dès lors entièrement purifié et semblable à un faisceau lumineux de couleur rouge.
Nous procéderons ensuite à la purification du canal gauche (fig.2). Pour ce faire, nous penserons que l’extrémité inférieure du canal rouge (à droite) s’engage dans le canal blanc (à gauche), toujours à une distance d’environ quatre doigts au-dessous du nombril. Bouchant la narine gauche avec l’index gauche, nous inspirerons par la narine droite. Puis, déplaçant l’index gauche, du revers du doigt nous obstruerons la narine droite pour expirer par la gauche. Nous ferons également cet exercice trois fois de suite, expulsant ainsi toutes les impuretés du canal blanc de gauche qui luira alors comme un tube de verre blanc traversé par la lumière (mais dont il n’aura évidemment pas la dureté).
Pour la troisième phase de cette pratique, nous visualiserons, au centre, entre les deux autres, un troisième canal, de couleur bleue, dont l’extrémité inférieure est toujours située à quatre doigts au-dessous du nombril (fig.3). Son parcours est identique à celui des deux canaux latéraux : il longe la colonne vertébrale en sa partie antérieure jusqu’à la nuque, suit la courbure de la boîte cranienne par l’intérieur et se termine au-dessus du point médian entre les deux sourcils. Il est un peu plus gros que les deux précédents et est appelé en tibétain Tsa Ouma : le canal central. C’est le plus important de tous les canaux de notre corps. Nous allons également le purifier. Pour ce faire, imaginons que les deux canaux latéraux s’incurvent à leur extrémité inférieure et entrent dans le canal central. Posons nos mains à plat, le dos de la main droite posé sur la paume gauche, les pouces écartés se rejoignant un peu au-dessus du nombril. Nous inspirons et expirons cette fois par les deux narines. L’air entre dans les deux canaux latéraux puis s’engage dans le canal central dont les impuretés sont expulsées, avec l’expiration, par le point situé un peu au-dessus de la jonction des sourcils. Nous répétons trois fois cet exercice et le canal central est ainsi entièrement purifié. Il est alors semblable à un rayon de lumière bleue.
Désormais, les trois canaux sont parfaitement purs et les respirations suivantes se font avec une parfaite aisance, traversant, sans aucune résistance, des conduits libérés de tout obstacle. Parce qu’elle apporte le calme en l’esprit, la concentration sur l’ensemble de ces neuf respirations, lorsqu’elle est effectuée avec attention et précision, constitue une excellente préparation à la méditation dont elle améliore l’efficacité.
J’ai parlé de la souffrance et je vous ai demandé de bien y réfléchir. Cela est extrêmement important. Le malade qui n’a pas conscience de son mal n’aura pas même l’idée de prendre un remède ou de suivre un traitement médical. Et si cette pensée ne l’effleure pas, il ne fera rien pour guérir. Se contenter d’observer le médicament du regard ne sera d’aucune utilité. Ainsi, si nous ignorons la véritable nature de nos souffrances, nous ne pourrons pas faire naître le désir de pratiquer le Dharma; et en l’absence d’une aspiration authentique, nous serons incapables de nous engager sur ce chemin. Nous pourrons bien regarder les livres, mais si nous nous arrêtons à cela, nous ne supprimerons pas la souffrance.
Je vous ai décrit la situation. C’est à vous d’y réfléchir, d’en analyser les détails et les implications profondes. Depuis bien longtemps, notre esprit s’est exclusivement soucié d’activités mondaines : travail, gains, avantages personnels divers... Ces préoccupations lui sont devenues si familières qu’il est difficile de l’amener à la pratique du Dharma. Nous devons donc agir avec beaucoup d’habileté pour l’y conduire progressivement. La technique de méditation enseignée précédemment développe notre capacité à le maîtriser : nous le rassemblons vers l’intérieur pour accroître ses facultés de concentration.
La pratique qui va être expliquée maintenant est appelée en sanskrit Anapanassati : l’attention à la respiration.
Nous adopterons une position qui nous soit confortable, mais si nous n’éprouvons pas trop de difficultés, la posture la plus appropriée sera celle du lotus, telle que décrite ci-dessus, et ce, pour les raisons déjà citées. Chaque détail a sa raison d’être. Notamment le fait d’entourer le nombril en joignant les pouces au-dessus des paumes de mains sera d’une utilité particulière lors de méditations futures. Le tronc doit être droit de manière à étirer les canaux qui le parcourent et à faciliter le passage de l’air à travers ces derniers. Si notre respiration se fait aisément et que l’air emprunte les circuits adéquats, nous aurons l’esprit plus clair et donc une meilleure méditation. En inclinant légèrement la tête, on évite l’intensification de l’élément chaleur dans l’organisme, ce qui entraînerait un assèchement de la bouche et la soif. L’augmentation de l’élément chaleur peut également occasionner des maux des yeux, des migraines ou des douleurs dans la nuque. En gardant les yeux mi-clos, le regard dirigé devant soi, on empêche la dispersion naturelle de l’esprit vers les objets qui l’entourent. On évitera de fermer complètement les yeux car l’obscurité ainsi produite risquerait de provoquer la somnolence. Il est toutefois plus facile pour certains de méditer les yeux fermés et chacun choisira ce qui lui convient le mieux. La langue doit toucher légèrement le palais afin d’éviter le dessèchement de la gorge. La bouche conserve sa position naturelle. Qu’elle soit légèrement ouverte ou fermée, elle devra être complètement détendue.
Les avantages de cette posture particulièrement appropriée à la méditation n’ont été évoqués ici que de façon très succincte. Sa raison d’être nécessiterait des explications beaucoup plus amples. Une fois installés dans cette position, nous allons nous consacrer à la pratique d’Anapanassati, l’attention à la respiration. Cette dernière se décompose en six parties : compter, suivre, placer, analyser, changer, pureté parfaite.
Assis dans la posture décrite ci-dessus, nous allons procéder au comptage de nos respirations. Pour ce faire, notre esprit devra être totalement concentré sur le va-et-vient du souffle et compter mentalement de 1 à 10 à chaque couple expiration/inspiration, en commençant par l’expiration; soit :
– une expiration/une inspiration = 1, puis
– une expiration/une inspiration = 2...
et ainsi de suite jusqu’à 10 qui est ici un chiffre commode. Il ne s’agit pas de compter à haute voix et encore moins par écrit.
Nous devons être particulièrement attentifs aux phases d’expiration et d’inspiration, être conscients que nous expirons à l’expiration et que nous inspirons à l’inspiration, sans aucune confusion entre les séquences d’absorption et d’expulsion de l’air. Au cours de cet exercice, nous nous efforcerons de ne pas penser à autre chose qu’à la respiration. Nous ne pourrons pas en tirer profit si notre esprit vagabonde et songe à la montagne, au lac... Durant cette pratique, nous suivrons le rythme naturel de notre respiration qui progressivement s’allongera d’elle-même. Lorsque l’esprit parvient à suivre complètement, sans aucune distraction, le mouvement de nos expirations/inspirations dix fois de suite et que notre respiration peut se prolonger avec une plus grande amplitude, nous aurons accompli la première phase de la pratique d’Anapanassati. A ce moment- là seulement, nous pourrons entamer la seconde.
Nous allons maintenant suivre avec précision le parcours de la respiration. D’abord à l’inspiration, nous allons suivre l’air inspiré jusqu’au cou, par exemple. Puis à l’expiration, nous le suivrons à l’extérieur, à une distance équivalente. Puis nous suivrons l’inspiration de plus en plus loin à l’intérieur et l’expiration de plus en plus loin à l’extérieur, un peu à l’image d’un jet d’eau propulsé à une certaine hauteur qui retombe ensuite d’une distance équivalente. Il n’est évidemment pas question de respirer ici avec la force d’un jet d’eau; cette image illustre seulement le trajet de la respiration qui doit être souple et naturelle.
Nous accompagnerons mentalement l’air inspiré jusqu’au niveau de la poitrine et l’air expiré jusqu’à une même distance à l’extérieur, et ainsi de suite, sans forcer. Lorsque la respiration s’allongera d’elle-même, nous la suivrons progressivement jusqu’au niveau du nombril, des genoux puis jusqu’au bout des orteils. Il peut être plus facile pour certains de visualiser l’air sous forme d’une légère fumée d’encens. Il est également possible de suivre l’inspiration au-delà des orteils, à l’extérieur de soi. Mais ceci n’est mentionné que pour information.
Cette pratique est exposée ici très brièvement. Mais il est évident que, dans ses applications, elle doit être effectuée beaucoup plus lentement, chaque étape nécessitant un entraînement répété. Notre travail est pareil à celui d’un maçon construisant une maison. Il n’achève pas l’édifice d’un seul coup mais pose les briques une à une, jour après jour, inlassablement, jusqu’à voir finalement surgir le résultat de sa peine. Si nous voulons progresser, il nous faudra cette même persévérance qui, à force d’opiniâtreté, petit à petit, engendre les résultats. Lorsque l’esprit suivra jusqu’à la pointe des pieds le parcours de l’inspiration sans aucune distraction et qu’il accompagnera de même l’expiration à l’extérieur, nous pourrons passer au stade suivant.
Lorsque nous maîtriserons correctement les premiers degrés de cette pratique, il nous sera désormais possible de fixer la respiration comme s’il s’agissait d’une légère fumée d’encens ou d’une mince ficelle blanche, immobile, tendue entre les narines et la pointe des pieds. Il n’y aura à ce stade ni inspiration, ni expiration, ni blocage forcé, mais une simple suspension momentanée de la respiration découlant naturellement des pratiques précédentes. L’essentiel de la conscience sera fixé sur cette image immobile du souffle. Simultanément, une autre partie de la conscience analysera ce qui se passe dans notre corps, sera attentive aux diverses sensations susceptibles de s’y produire. Aucune contrainte ne devra être exercée pour prolonger l’apnée. A la moindre fatigue, nous respirerons de nouveau avant de poursuivre notre absorption en méditation. Le but de cet entraînement n’est pas de nous pousser au maximum de nos capacités. Au contraire, il doit se faire dans le confort, la quiétude et l’aisance. Si nous le forçons, l’esprit se trouble et les tensions issues des contraintes qui lui sont imposées rendent vaines nos pratiques. Par une accoutumance progressive, notre respiration s’allongera naturellement, de même que notre capacité à demeurer en apnée tout en maintenant la concentration de l’esprit. Si nous nous exerçons de manière appropriée, au bout d’un certain temps, l’esprit n’aura plus d’autre objet que la respiration qu’il suivra de lui-même, et dont plus rien ne pourra le distraire.
La maîtrise de la respiration ainsi acquise aura pour corollaires l’apaisement de l’esprit et une plus grande aptitude à le contrôler. La quiétude physique et mentale qui s’ensuivra s’accompagnera d’un sentiment de bien-être intérieur. Devenus ainsi maîtres de notre respiration et par là, de notre esprit, nous n’aurons plus besoin de nous forcer à la méditation ni d’y être poussés par une tierce personne. Nous aurons dorénavant une inclination spontanée pour la méditation. Il y a par exemple des personnes qui, par propension naturelle, adorent dormir. Il n’est nullement besoin, pour qu’elles se laissent aller aux douceurs du sommeil, de leur en donner l’ordre, ni de leur dire quand elles doivent dormir. Elles dorment parce qu’elles y trouvent du plaisir. Il arrivera un moment où nous aurons développé une même propension naturelle à méditer.
Les débutants ne pourront évidemment pas s’entraîner dans l’immédiat à ce troisième niveau dénommé placer. Mais, par la régularité et la persévérance, vous y parviendrez tous sans aucun doute.
Bien que chacun de ces stades doive être pratiqué l’un après l’autre, il sera utile de visualiser occasionnellement les étapes suivantes. Par exemple, lorsque nous nous exercerons essentiellement à la première, de temps à autre, nous entamerons la deuxième puis la troisième, etc. Nous ne concrétiserons pas à proprement parler les niveaux suivants de la pratique, mais par cet entraînement préalable, nous nous familiariserons avec eux. Mais si dès maintenant vous renoncez en vous répétant que vous n’y arriverez jamais, vous n’avez évidemment aucune chance d’obtenir le moindre résultat.
Lorsque nous aurons acquis la maîtrise de ce troisième stade, nous passerons au suivant.
Ici, tout en conservant l’essentiel de la conscience centré sur la respiration, nous analyserons la nature de l’air qui entre et sort. Pour ce faire, nous devons comprendre qu’il possède huit propriétés : il est constitué d’un élément de solidité (terre), d’un élément de fluidité (eau), d’un élément de chaleur (feu), d’un élément de mobilité (air), d’une part. Il a une forme, une odeur, un goût et peut être touché, d’autre part. Ce quatrième stade et les deux suivants sont simplement cités. Ils ne concernent pas la pratique des débutants et nécessiteraient des explications trop complexes pour l’instant. Lorsque le méditant aura développé ce quatrième stade à la perfection, il pourra passer au cinquième.
Ceci s’adresse à des disciples ayant une grande expérience de la méditation, chez qui la pratique a déjà fait naître d’importantes réalisations spirituelles. Pour ceux qui sont déjà familiarisés avec les enseignements du Dharma, il peut être utile de préciser que ce cinquième niveau appelé changement peut être atteint uniquement par ceux qui sont entrés sur le chemin et qu’il inclut les pratiques du chemin de l’Accumulation et du chemin de la Préparation. Après avoir mené à bien les méditations propres au cinquième stade, le disciple passera à la sixième et dernière phase de cette pratique.
Ce stade est constitué par les pratiques de ce qu’on appelle le Noble chemin (Skrt. Arya Marga), le chemin des Arya. Il se décompose ainsi :
– chemin de la vision,
– chemin de la méditation,
– chemin de la perfection.
Pour l’immédiat, nous nous contenterons des trois premiers stades. Les autres ont été mentionnés simplement pour que vous en connaissiez l’existence. Toutefois, n’oubliez pas que c’est l’expérience des trois premiers niveaux qui, progressivement, conduit aux suivants. Vous voyez ainsi que la pratique d’Anapanassati va beaucoup plus loin qu’une simple attention à la respiration.
Par de telles méthodes, nous nous doterons d’une parfaite maîtrise de l’esprit. Quel que soit notre âge, il est capital de commencer dès maintenant. Les plus jeunes pourront certes y consacrer beaucoup plus d’énergie et obtenir de meilleurs résultats car la vigueur physique de la jeunesse est associée à un mental plus fort.
Si nous souffrons aujourd’hui, si nous sommes confrontés à toutes sortes d’expériences et de situations pénibles, c’est faute d’avoir contrôlé notre esprit. Nous lui avons donné toute liberté, nous l’avons laissé aller là où bon lui semblait; il s’est égaré dans des directions multiples. A présent, nous devons en devenir les maîtres. Sur cette terre, beaucoup de gens pensent. Mais ils sont, pour la plupart, préoccupés par ce qui se passe à l’extérieur. Rares sont ceux qui se soucient de leur monde intérieur, qui observent leur esprit et analysent son fonctionnement. Pendant ce cours, nous allons nous tourner vers l’intérieur car c’est notre esprit qui fera l’objet de nos réflexions et nous en parlerons à maintes reprises.
Ce n’est pas par hasard que nous avons appris à méditer sur la respiration, et non sur des arbres, des fleurs, des objets extérieurs. En effet, lorsque nous regardons à l’extérieur, toutes sortes de choses apparaissent à notre esprit et suscitent des pensées très diverses qui jaillissent, pêle-mêle, sans aucune cohésion, du fait de la grande variété de notre environnement. Mais si nous nous concentrons sur notre respiration, l’esprit se fixe sur un objet constant et une pensée stable s’y établit. Pour que l’esprit puisse se fixer, il faut lui fournir un objet bien défini.
En tout premier lieu, nous avons vu de quelle manière nous devions procéder à la méditation alternée associant le souffle et les canaux. Il sera souhaitable de commencer par là notre séance de méditation. En effet, ces canaux interviennent dans de nombreuses autres méditations plus avancées et l’entraînement que nous aurons acquis par cette pratique initiale constituera une sorte de préparation aux stades futurs. Toutefois, si certains d’entre vous n’arrivent pas à méditer sur les canaux ou qu’ils n’en ont pas envie, ils peuvent s’en abstenir et commencer directement par le compte de la respiration. Prenez en considération vos dispositions personnelles. Les uns tireront davantage de profit à se concentrer sur le comptage de la respiration. Pour d’autres, c’est au contraire la méditation sur les canaux qui s’avérera la plus bénéfique. Nous n’avons pas à nous contraindre à ce qui ne nous convient pas. Si telle méthode nous réussit mieux, c’est celle-là que nous devons adopter. Lorsque nous sommes malades, nous prenons le médicament qui convient à notre maladie, et pas n’importe lequel, sous prétexte que la finalité d’un remède est de guérir.
Lorsque nous entamons les exercices sur les canaux ou le comptage de la respiration, nous commençons à méditer. Il s’agit alors de méditation analytique. De fait, il existe deux types de méditation : la méditation analytique et la méditation de fixation.
Lors des sessions de méditation qui vont suivre, vous pourrez alterner l’attention au comptage de la respiration et la méditation analytique sur les sujets philosophiques exposés lors de l’enseignement. Vous réfléchirez notamment sur la nature de la souffrance et du bonheur, sur les trois sortes de souffrances et vous vous demanderez si vos observations personnelles sont en accord avec le contenu des enseignements ? S’il vous semble qu’il en est ainsi, interrogez-vous sur la raison d’être de toutes ces expériences et de toutes ces situations. Dans tous les cas, vous demeurerez en position de méditation et garderez l’esprit aussi concentré que possible.
Lorsque nous sommes gravement malades, nous consultons un médecin ou nous allons à l’hôpital pour suivre un traitement. Nous acceptons ce traitement parce que nous souffrons, parce que nous sommes conscients de la douleur et que nous voulons nous en débarrasser. Par vos réflexions sur les enseignements reçus, vous devrez aboutir à un état d’esprit semblable : comprendre quelle est la nature de votre souffrance, ce qui naturellement fera naître en vous l’aspiration à la pratique du Dharma. La souffrance est en nous et le remède aussi. Les antidotes de la souffrance, les agents de notre libération se trouvent à l’intérieur de nous-mêmes. Or, c’est en consacrant le maximum de notre temps et de notre énergie à la pratique du Dharma que nous les rendrons opérants. Le Dharma n’est pas un domaine réservé; il est pour tout le monde, moines, laïcs, jeunes ou vieux... Si nous sommes malades et tenons dans la main le remède à notre mal, le mieux que nous puissions faire, c’est de l’ingérer. Si nous nous plaignons d’être malades et que nous nous contentons de regarder le médicament sans le prendre, il ne nous sera d’aucune utilité et ne pourra en aucun cas nous soulager. Si nous avons besoin de fer pour fabriquer des articles de ferronnerie et que nous possédons une grande quantité de ce minerai, il sera possible de le traiter, de le purifier, de le travailler pour en obtenir ce que nous voulons. Mais si nous jetons le minerai et passons notre temps à nous lamenter de ne pas avoir de fer, notre situation sera effectivement désespérée. Il s’agit, bien sûr, d’un exemple ordinaire. Ici, ce qui est important, c’est l’esprit. Il est semblable au matériau de base dont on peut faire tout ce qu’on veut. Par la pratique du Dharma, nous pouvons appliquer notre esprit à l’élimination complète et définitive de la souffrance.
Repensez souvent au contenu des enseignements. A la fin de la journée, revoyez vos notes, réfléchissez à leur signification et demandez-vous si vous avez bien compris. Si vous procédez ainsi, vous vous apercevrez que ce qui vous a été dit en peu de temps aura en vous un retentissement très profond et prendra tout son sens. Si nous nous interrogeons sur notre condition, nous voyons qu’il n’est pas de réel bonheur possible sans le contrôle de l’esprit. Si nous n’avons aucun pouvoir sur son fonctionnement, nous continuerons à être écrasés par la souffrance. Soyons donc conscients des souffrances auxquelles nous sommes assujettis et observons les réactions et les comportements qu’elles provoquent en nous. De toute évidence, nous ne les voulons pas, nous les fuyons. Humain ou animal, tout être fuit la souffrance. Or, répéter sans cesse que nous voulons y échapper ne suffira pas. Il faut pour cela appliquer une méthode qui ait pour effet de nous en délivrer. Si nous nous obstinons à dire : “Je ne veux pas souffrir... je ne veux pas souffrir”... sans employer le moyen approprié, nous nous fatiguerons pour rien.
Ces explications sur la souffrance sont extrêmement succinctes. Toutefois, si vous y réfléchissez, si vous méditez sur leur signification, vous progresserez dans votre compréhension.
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